6 C
Paris
jeudi, décembre 2, 2021

Faire un don

L'ouverture d'esprit n'est pas une fracture du crâne

Le pognon de dingue, l’argent magique existe

Soutenez Le Réveil Citoyen média 100% indépendant

Emmanuel Macron le verse au secteur privé, sans condition. Les dizaines de milliards € du plan d’investissement France 2030 vont s’ajouter aux 240 milliards € déjà débloqués

Ce mardi, Emmanuel Macron va détailler le plan d’investissement France 2030, soit des dizaines de milliards € tournés vers des secteurs industriels supposés innovants (des secteurs masculins plus que féminins d’ailleurs) prolongeant le Pognon de Dingue versé pendant la pandémie.

Occasion de revenir sur les 240 milliards € d’aides publiques pour le secteur privé, le plus souvent sans conditions écologiques, fiscales et sociales. Est-ce la fin du néolibéralisme ou plutôt le basculement de l’État-providence vers une forme de Corporate Welfare ?

« Vous avez besoin d’argent, je vous en donne », a répété aux chefs d’entreprise Bruno Le Maire. Résultat : 240 milliards € en moins de 18 mois. Soit plus de 3 fois le budget de l’Éducation nationale, Jeunesse et Sports, ou presque 6 fois celui de la Transition écologique.

Le « quoi qu’il en coûte » n’était pas un mot en l’air. Pour certains, il illustre même le retour de l’Etat interventionniste. Constater que les robinets sont ouverts ne suffit pas. Encore faut-il savoir qui est bénéficiaire, qui ne l’est pas, dans quel but et à quelles conditions

En recoupant les informations parcellaires disponibles, nous avons pu pointer les contradictions visibles d’un « quoi qu’il en coûte » qui s’est appliqué sans condition à des multinationales du CAC40 versant de généreux dividendes ou supprimant des emplois.

100 % des groupes du CAC40, qu’ils aient été en difficulté ou non, ont bénéficié et bénéficient encore des aides publiques liées à la pandémie de Covid19.

Comment se fait-il que 80% du CAC 40 ayant eu recours au chômage partiel (ie supposés ne pouvoir assumer la charge de la rémunération de leurs salariés), ont considéré disposer d’une trésorerie suffisamment conséquente pour verser des dividendes en 2020 et/ou 2021 ?

Comment se fait-il que 63% des groupes qui ont eu recours au chômage partiel, dispositif supposé éviter les suppressions d’emplois, en ont quand même supprimé (30 000 suppressions d’emplois en France) alors que la rémunération des actionnaires augmentait de 22% ?

Comment se fait-il que le CAC40 ait redistribué à ses actionnaires l’équivalent de près de 140 % des profits réalisés en 2020 et que la rémunération de PDG de groupes sous perfusion d’argent public, a augmenté en moyenne de 10,5% en 2021 par rapport à 2019 ?

Comment se fait-il que le CAC40 ait dégagé 57 milliards € de profits au 1er semestre 2021 (plus qu’en 2019) et que le secteur privé dans son ensemble ait vu son taux de marge (part des bénéfices dans la valeur ajoutée) augmenter jusqu’au taux vertigineux de 36,1% ?

Les grands groupes sont les grands gagnants de la pandémie (…) : n’est-il pas indécent qu’une partie du secteur privé, et avec lui ses dirigeants et actionnaires, se soient enrichis en période de calamité sanitaire, notamment grâce à l’argent public ?

Aux grands groupes, leurs actionnaires et les plus riches vont les profits tirés de la pandémie. Dans le même temps, les plus précaires et pauvres du pays sont ceux qui ont le plus souffert de la période, et le moins bénéficié des plans d’urgence et de relance

La préférence du CAC40 pour la rémunération « quoi qu’il en coûte » des actionnaires et la suppression d’emplois en France « quoi qu’il advienne » n’est pas nouvelle : + 269% pour les dividendes versés depuis l’an 2000, tandis que -12 % pour ses effectifs.

Contrairement aux affirmations de Bruno Le Maire & Agnes Pannier-Runacher, les bons résultats financiers du CAC40 d’un jour ne sont pas à l’origine des emplois du lendemain. Plutôt à l’origine des réorganisations et suppressions d’emplois.

Débloquer de l’argent public pour ces grands groupes sans aucune conditionnalité sociale, fiscale ou écologique induit donc un transfert de richesse de l’Etat vers les acteurs privés (entreprises, actionnaires & dirigeants) qui se soustraient à tout objectif d’intérêt général.

Jugez vous-même, depuis 20 ans :

  • 65 milliards € d’aides au secteur privé en 2007
  • 110 milliards € en 2012
  • 150 milliards € en 2019
    Soit un bond de 230 % en moins de quinze ans. Presque 7 % de croissance par an en moyenne.

La pandémie de Covid19 a accéléré et intensifié ce transfert de ressources publiques vers le secteur privé, avec des transferts pérennisés à long terme (baisse des impôts de production, soutiens structurels, nouveau Plan 2030).

L’argent magique existe, ce sont les entreprises privées qui en profitent. Sans que rien ne soit exigé en retour. Sans agir pour que le monde d’après soit fondamentalement différent du monde d’avant. Sans conditionner l’argent public à la transformation de l’appareil productif.

Par temps de COVID19, le maquis des aides publiques aux entreprises n’a cessé de s’épaissir : on en compte plus de 2000 aujourd’hui en France. Beaucoup de droits, peu de devoir.

Par son soutien indéfectible et inconditionné, l’Etat a sauvegardé la profitabilité des grandes entreprises, les revenus des actionnaires et des dirigeants et amplifié le détournement des ressources publiques au service de l’accumulation du capital.

A l’Etat-providence qui protège les citoyens face aux risques économiques et sociaux de l’existence, se substitue progressivement un Etat qui vient garantir les intérêts du capital et de ses détenteurs, et réduire les risques et incertitudes intrinsèques à l’activité économique.

A la sécurité sociale pour les salariés, le Medef préfère la sécurité économique garantie par la puissance publique. Bienvenue dans le corporate welfare qui, sous nos yeux, vient progressivement remplacer notre « welfare state ».

En 2021, la part de la richesse nationale consacrée à la dépense publique ne dit rien du projet politique poursuivi. Aujourd’hui, les grandes entreprises et détenteurs des capitaux sont les principaux bénéficiaires de cet interventionnisme public.

Conditionner ce maquis des aides aux entreprises à des objectifs sociaux, écologiques et fiscaux est sans doute l’un des leviers les plus puissants pour transformer notre appareil productif et le rendre compatibles aux grands objectifs de ce début de 21ème siècle.

Maxime Combes

Serge
Fondateur et administrateur du média le Réveil Citoyen, ni droite ni gauche, un seul objectif : alimenter le débat libre dans la sphère publique autour des grands sujets mondiaux et locaux

Laisser un commentaire

également sur

52,125FansLike
659FollowersFollow
917SubscribersSubscribe
- Advertisement -

aléatoire

en direct actuellement cliquez ici pour suivre
OFFLINE