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E. Macron et l’histoire Algérienne

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Après m’avoir demandé un entretien sur les propos de Macron au sujet de l’histoire algérienne il y a quelques jours, L’Express a fait le « choix éditorial » de ne pas le publier. Le voici.

NB: il s’agit de la version éditée par le journaliste d’un long échange. Certains propos n’ont pas été retenus par lui, notamment concernant la vision de café du commerce développée par E. Macron au sujet de l’histoire ottomane.

De façon générale, dans les échanges que j’ai eu avec les journalistes notamment au sujet du 17 octobre 1961, ils sont attachés à leur interprétation des faits en termes de « mémoire » (jamais de justice) ou de « processus de réconciliation » même lorsqu’on se demande ce que peut bien signifier cette « réconciliation ».

Les versions éditées des propos qu’on leur tient sont alors la résultante de ceux qu’on a essayé de leur dire autant que de ceux qu’ils auraient voulu qu’on leur dise, même lorsque l’on réécrit ensuite largement. Malgré l’empreinte du journaliste Paul Véronique sur mes propos, le texte qui suit ne convenait pas à la rédaction. Comme la décision de la rédaction ne me convient pas, je le partage.

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« Q: Tout d’abord sur le plan diplomatique, est-ce une nouvelle crise d’ampleur entre la France et l’Algérie selon vous ?

MR: C’est une crise importante, mais je ne pense pas qu’elle soit insurmontable. Les propos très approximatifs d’Emmanuel Macron sur l’histoire algérienne étaient destinés à provoquer, et le gouvernement algérien a tapé du poing sur la table pour montrer son mécontentement. Cependant les mesures qui ont été décidées pour répondre au président français relèvent de la diplomatie.

On peut toutefois noter que c’est la deuxième fois en un peu plus d’un mois que l’Algérie hausse fortement le ton avec ses voisins. En effet, au mois d’août, le pays avait déjà rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc et fermé son espace aérien aux avions marocains. Du point de vue des relations internationales, il est donc intéressant de noter qu’il y a actuellement un retour de l’Algérie à une politique étrangère ferme.

Q: Pourquoi la question mémorielle est-elle aussi sensible pour l’Algérie ?

MR: Pour l’Algérie, il ne s’agit en fait pas seulement d’une question mémorielle, mais aussi d’une question existentielle. Ce pays est né, dans sa forme moderne, dans la lutte contre le colonialisme et a construit son identité, après l’indépendance de 1962, à travers le prisme de l’anticolonialisme et l’anti-impérialisme. C’est donc dans son ADN, et c’est omniprésent à la fois dans la définition de l’Etat et dans les expériences des individus. Sur ce point, c’est une différence importante avec la France, qui, notamment en raison de son passé, n’a jamais eu une position ferme pour condamner le colonialisme.

L’Algérie est un cas unique parmi les décolonisations: il n’existe pas d’autre décolonisation après une colonisation de peuplement aussi longue, avec un pourcentage aussi élevé de colons européens.

Les territoires qui ont été colonisés durant des périodes plus longues, et avec des pourcentages plus importants de populations européennes, comme l’Australie ou la Nouvelle-Zélande ou la Nouvelles Calédonie, n’ont pas connu d’indépendance-décolonisation.

L’Algérie incarne donc un cas limite d’une colonisation durable aux effets profonds dont on a pu revenir, et c’est une expérience constitutive pour le pays et ses habitants.

Q: Est-ce qu’Alger utilise ce passé colonial à des fins de politique intérieure ?

MR: Ce passé colonial a une place écrasante en Algérie, mais on ne peut pas réduire cela à un utilitarisme de la mémoire à des fins politiques. Cela reviendrait à nier par exemple la permanence de l’engagement de l’Algérie contre tout type de colonisation, d’impérialisme et d’intervention, notamment en matière de relations extérieures.

De plus, la référence à cette position anti-impérialiste n’est pas propre au pouvoir, mais elle est largement partagée. Le Hirak de 2019 a par exemple révélée à quel point elle est populaire à travers ses slogans.
Il y a un casse-tête en Algérie pour savoir quelle place donner à ce passé effectivement omniprésent du fait de son caractère fondateur: il suffit de se souvenir de la place prise par le Seconde Guerre mondiale en Europe dans les décennies qui ont suivi la fin de la guerre pour imaginer ce qu’une occupation de 132 années et une guerre de 8 ans peuvent laisser comme traces dans une société.

Q: L’approche de réconciliation mémorielle initiée par Macron, notamment à travers le rapport Stora, est-elle un échec ?

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MR: Je serais tentée de répondre par l’affirmative. Il ne peut y avoir de consensus sur la question de l’histoire que si les visions de la colonisation entre la France et l’Algérie sont un tant soit peu partagées. Or si l’Algérie est intrinsèquement anti-impérialiste, alors qu’en France, la condamnation du colonialisme n’a jamais fait consensus: dès lors l’objectif de réconciliation mémorielle affiché par Emmanuel Macron me semblait dès le départ difficile à atteindre. L’on a sans doute, dès le début, mal défini cette « réconciliation » que l’on cherchait (un consensus sur le passé n’est pas la même chose qu’un rapprochement diplomatique) et les récentes déclarations d’Emmanuel Macron rendent cet objectif d’autant plus nébuleux.

Q: Les efforts conduits dans le domaine de la réconciliation mémorielle ces dernières années sont-ils réduits à néant avec cette nouvelle crise ?

MR: Non je ne pense pas que cela soit réduit à néant : la reconnaissance par la France de la torture et de l’assassinat l’avocat Ali Boumendjel, de l’assassinat du militant communiste Maurice Audin, les excuses envers les harkis restent des gestes importants pour les familles, et ont une valeur sur le plan symbolique à l’intérieur même de la société française comme l’aurait une reconnaissance claire du massacre des manifestants algériens perpétré à Paris le 17 octobre 1961. Mais les récentes déclarations d’Emmanuel Macron font courir le risque que ces mêmes gestes soient considérés comme opportunistes, et mêlées de considérations de politique extérieure. En cela, c’est assez dommageable. »

Malika Rahal

Serge
Fondateur et administrateur du média le Réveil Citoyen, ni droite ni gauche, un seul objectif : alimenter le débat libre dans la sphère publique autour des grands sujets mondiaux et locaux

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