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Antivax, vous avez dit antivax?

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Parce que la vaccination jouit d’un statut symbolique particulier en France, critiquer publiquement un vaccin ou une campagne de vaccination présente un risque de perte de crédibilité scientifique et politique.

Cette perte de crédibilité prend notamment la forme d’une stigmatisation publique comme « antivaccin » ou « complotiste », notamment dans les médias, qui raffolent de titres racoleurs et de violence verbale.

Ce qui dissuade un certain nombre d’acteurs de se saisir d’une actualité vaccinale, comme par exemple autour du Gardasil ou du débat public de 2016, c’est précisément ce risque d’être caricaturé et renvoyé à une parole politique et scientifique illégitime.

Ou à d’autres facteurs tels que la présence d’hydroxyde d’aluminium dans les adjuvants de ce vaccin (autre hypothèse avancée). Voire à une combinaison des deux, comme le suspectent des chercheurs dans le cas du vaccin recombinant contre le HPV

Cette norme sociale associant critique de la vaccination et irrationalité antiscientifique est un facteur décisif dans la problématisation publique des vaccins en France car elle empêche la critique scientifique, saine et légitime, et restreint les contours de leur politisation.

Selon une enquête de 2019, 40 % des Français considèrent que les vaccins ne sont pas sûrs.

La dénonciation de l’influence des «antivax» constitue un des lieux communs des milieux médicaux et de la santé publique depuis longtemps, en France comme dans la plupart des pays du Nord

Les travaux de sociologues & d’historiens montrent que les critiques remettant en cause le principe même de la vaccination coexistent avec des critiques centrées sur certains vaccins en particulier, ou certaines façons de les produire, sans renier le principe de la vaccination.

Ce point crucial de la distinction entre critiques radicales et conditionnelles n’a que très peu été approfondi dans les travaux de sociologie. Pourtant, ces enjeux de positionnement témoignent de la pluralité des conflits portant sur ce qui doit être admis comme savoir légitime.

Cette distinction est d’autant plus importante que le contexte actuel est marqué par une progression des réticences à certaines vaccinations du côté du grand public et des médecins, et la mise sur le marché de nouveaux produits vaccinaux dits « géniques »

Cette apparente évolution du monde de la critique vaccinale a paradoxalement donné lieu à un surcroît de dénonciations publiques de l’influence des «antivaccins», notamment à l’occasion du débat national de 2016 porté par Marisol Touraine

Ou encore en 2009, en contre-feu des critiques portant sur le manque de transparence dans l’achat des vaccins, la communication alarmiste voire mensongère du gouvernement, les liens d’intérêts de certains responsables publics ou encore sur la sécurité du vaccin H1N1 etc.

Cette campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) sera finalement un cuisant échec, avec seulement 7,9 % de la population choisissant de se faire vacciner. Mais un jackpot pour les laboratoires.

Si un grand nombre de figures publiques critiquent la gestion des épidémies, la thématique de la sécurité des vaccins n’est investie que par une minorité d’entre elles. Or, cette thématique est la + clairement associée à la critique vaccinale dans la littérature spécialisée.

Les précédents les + souvent évoqués pour suggérer le potentiel dangereux des nouveaux vaccins sont les campagnes de 1976 aux USA (4.000 cas d’effets secondaires graves, dont des cas de syndrome de Guillain-Barré), de 2009 en Europe (H1N1) et de 2017 aux Philippines (Dengvaxia)

L’usage de mercure et d’aluminium comme additifs ou encore la présence d’OGM dans les vaccins est également mis en avant, notamment par les différents représentants de la fédération d’associations Écologie et Santé.

La présence de ces produits, le principe de précaution et le fait que les femmes enceintes soient visées par la campagne les autorisent à comparer ce type de vaccin à des précédents sur lesquels ils ont déjà travaillé (notamment le bisphénol A, les perturbateurs endocriniens).

La thématique de la démocratie sanitaire (thématiques des conflits d’intérêts, de la transparence, du lobbying, volonté d’instaurer une haute autorité de l’expertise…) est également très présente.

La sociologie a montré que la critique des autorités, des acteurs privés qui les influencent, et de leur business model est nécessaire si l’on souhaite produire une critique véritablement objective, rationnelle et mesurée sur les politiques de vaccination

Le principal précédent utilisé pour montrer les dangers de cette faille dans les processus de choix de santé publique est la campagne de vaccination contre l’hépatite B de 1994-2000. Ce précédent permet d’illustrer les risques concrets pour la santé de processus politiques.

Ces acteurs dressent enfin une longue liste de scandales tels que ceux de « l’hormone de croissance » ou du « sang contaminé » afin de rappeler à leurs interlocuteurs le risque réel inhérent au choix politique de laisser carte blanche au secteur privé sans réel contrôle public.

Un second type d’acteurs, très minoritaire, s’est spécialisé dans la critique du principe de vaccination lui même, ancré dans l’histoire de la santé publique française depuis le début du 19e siècle comme modèle par excellence de l’intervention de l’État dans ce domaine.

Ces acteurs assimilent les produits de l’industrie, pharmaceutique en particulier, à des poisons en puissance. Ils s’ancrent dans des conceptions de la santé alternatives aux dogmes médicaux dominants : médecines douces, naturelles, traditionnelles, parfois religieuses.

Chez eux, le rejet de toute forme de vaccination s’accompagne d’un rejet plus général des politiques de santé actuelles et des institutions notamment l’OMS et les agences de santé françaises et européennes, régulièrement mise en cause dans des affaires de corruption.

Force est de constater que, si ces acteurs ont produit des arguments de rejet inconditionnel de tous les vaccins, ils ont néanmoins axé leur communication publique sur les arguments conditionnels des acteurs cités précédemment.

Alors que les politiques et les médias diabolisent les critiques radicales, on voit à quel point la norme sociale délégitimant les « antivaccins » pèse sur les acteurs qui développent une critique conditionnelle de certains vaccins, et qui subissent cette stigmatisation.

Pris en étau entre le rejet radical de certains citoyens et la machine de propagande néolibérale, les acteurs bénéficiant de davantage de capital politique et scientifique s’auto-censurent et laissent le débat aux mains des politiciens et des industriels.

Dr Gonzo

Serge
Fondateur et administrateur du média le Réveil Citoyen, ni droite ni gauche, un seul objectif : alimenter le débat libre dans la sphère publique autour des grands sujets mondiaux et locaux

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