Coronavirus Le billet de Serge

Covid-19 : “Le refus du vaccin”

Les sondages se suivent et, pour l’instant, se ressemblent : les Français ne semblent pas prêts à se faire vacciner contre le Covid-19. […] pourquoi la patrie de Pasteur se montre-t-elle si méfiante ? Et d’où vient le discours des antivaccins (surnommés les « antivax ») ?

Il est aussi vieux que les vaccins eux-mêmes, nous explique Françoise Salvadori, professeure en immunologie et coautrice avec Laurent-Henri Vignaud de Antivax, la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours (éd. Vendémiaire).

La réticence des Français vis-à-vis du vaccin contre le Covid-19 vous étonne-t-elle ?

Non, puisque tous les sondages, y compris les enquêtes internationales menées depuis cinq ou six ans, montrent une défiance très nette.  […] Comme si les scandales sanitaires de ces dernières années avaient fini par peser sur la vaccination. L’affaire du sang contaminé, de l’amiante, du Mediator… Pourtant, aucune ne concernait les vaccins et à vrai dire, nous n’avons pas connu de souci notable depuis au moins cinquante ans.

Il y a eu tout de même de grosses polémiques autour du vaccin contre l’hépatite B…

Des polémiques, mais pas de scandale sanitaire : on sait désormais qu’il n’existe pas de rapport de causalité entre ce vaccin et la sclérose en plaques, comme on l’a un temps soupçonné.  […] Depuis, des dizaines d’études et de publications ont montré qu’il n’y avait pas davantage de scléroses en plaques chez les populations vaccinées contre l’hépatite B, que chez celles qui ne le sont pas. […]

L’épisode H1N1 ne sera pas très concluant…

Là aussi, ce fut un problème de communication et de distribution. D’abord, cette maladie a été présentée comme très grave, ce qui finalement n’était pas le cas. On ne le reprochera pas à la ministre, Roselyne Bachelot : quand le virus H1N1 apparaît, il semble assez proche du celui de la grippe espagnole de 1918 qui avait fait des ravages (de 20 à 50 millions de morts, selon l’Institut Pasteur). Il est donc légitime d’avoir peur et de prendre des précautions. Madame Bachelot en prendra beaucoup : elle commande deux doses de vaccin par Français. Leur distribution sera proposée surtout dans des lieux collectifs, comme des gymnases. Mais les Français détestent faire la queue pour recevoir une piqûre, de manière anonyme… Ils préfèrent le dialogue, en tête à tête, avec leur médecin habituel. Au final, moins de 10% de la population s’est fait vacciner contre le H1N1…

Pour le Covid, les autorités veulent éviter la vaccination collective. Mais pourra-t-on compter sur les seuls généralistes et les infirmiers pour vacciner 40 ou 50 millions de Français ? D’autant qu’en parallèle, ces professionnels de santé doivent continuer d’assurer le reste de leurs missions.

Mais la méfiance ne concerne pas seulement les vaccins, elle est générale. Elle se traduit dans les urnes. Les antivax les plus convaincus se situent souvent aux extrêmes de l’échiquier politique. Ce sont majoritairement des électeurs de Marine Le Pen, de Nicolas Dupont-Aignan, de Jean-Luc Mélenchon, de François Asselineau. Ils expriment une défiance globale vis-à-vis des politiques, et donc des politiques sanitaires. Ils reportent sur les vaccins une contestation de ce qu’ils nomment le « système », et voient cette piqûre comme un bras armé de l’État. Leur refus est foncièrement politique.

Dès son apparition, la vaccination va se heurter à de farouches opposants…

Le premier de leurs arguments est d’ordre religieux : la vaccination s’opposerait à la volonté divine qui, seule, doit décider de notre destin. Cela étant, les chrétiens ont très vite été divisés sur ce point, certains […] estimant que l’être humain a le droit, voire le devoir, d’utiliser son intelligence pour se garder en vie… car c’est un don de Dieu. D’une façon plus générale, on rencontre depuis toujours des antivaccins dans les groupes sectaires se réclamant des grandes religions. 

Un autre vieil argument y reste en revanche vivace : les vaccins seraient contraires aux lois naturelles…

Cette idée selon laquelle, par principe, la nature fait bien les choses, et qu’il ne faut surtout pas la contrarier, est en effet de nouveau en vogue. L’essor des médecines parallèles le prouve. Des charlatans surfent sur la vague et vantent les régimes crudivores ou autres, qui auraient selon eux des vertus quasi vaccinales, alors qu’ils sont sur ce point inutiles, voire dangereux.

Pourquoi […] des réticences aussi tenaces ?

La question des vaccins est hautement politique. Elle engendre deux types de considérations : au niveau de l’individu, et au niveau de la population. Si pour la collectivité, un vaccin est efficace, il ne l’est pas forcément pour chacun d’entre nous.

Aucun individu ne pourra jamais savoir quel effet a eu sur lui un vaccin, s’il lui a permis d’éviter la maladie, de l’avoir moins forte, s’il lui a sauvé la vie, s’il n’a servi à rien… Et bien que ce soit rarissime, il peut donc aussi provoquer des effets secondaires. Pour en apprécier la portée, iI faut un raisonnement populationnel, statistique. C’est à l’autorité sanitaire de l’assumer. L’État poussera à la vaccination, parce qu’il doit assurer globalement la santé de ses citoyens, et protéger les plus faibles. Cette mission-là est forcément supra individuelle. Nous sommes, par essence, dans le politique.


Valérie Lehoux – Télérama. Titre original : « Le refus du vaccin est foncièrement politique ». Source (Extrait)

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