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jeudi, juillet 29, 2021

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Histoire du capitalo-libéralisme: LA PLANCHE DE JOHN LAW

1 – Le contexte

Le 18ème siècle commençait bien mal ; déjà, les guerres successives de Louis XIV ([1]) avaient terriblement endetté le pays, et la paysannerie, qui en supportait le gros des frais en fournissant hommes de troupes, chevaux et stocks de nourriture pour l’armée, était à une marche du gouffre ([2]), les greniers d’abondances ([3]) commençant àrésonner d’un écho menaçant. La guerre de Succession d’Espagne venait de commencer quand une série d’hivers rigoureux s’abattit sur l’Europe ; en 1709, une des plus terribles glaciations fît geler le blé, figer l’eau et fendre le chêne, fragilisant encore les campagnes, ce qui n’empêcha pas le « grand Roi » de continuer à imposer à la cour de Versailles son train de vie délirant.

Très marqué par un épisode de son enfance, la Fronde, Louis XIV avait sérieusement limité le pouvoir des parlements ([4]) qui l’avait déclenché ; devenus peu à peu un outil de contrôle politique du pouvoir royal, ils se virent retirer le titre de « cour souveraine », ne conservant que la place de « cour supérieure » ; puis fut limité le « droit de remontrance » ([5]), avant  que soit imposé, le 24 février 1673, un devoir d’enregistrement immédiat d’un édit, les remontrances devenant postérieures à cet enregistrement, donc nulles de portée ; le pouvoir du roi atteignait alors un maximum que d’aucuns supportaient difficilement.

Le faste royal, qui soumettait une noblesse également étroitement surveillée à une étiquette très élaborée, conditionnait celui de la vie bourgeoise parisienne qui, servant de modèle, s’exportait partout en France ; quelques jeunes « nobles », élevés dans une vie d’abondance perpétuelle et tentés par la fortune rapide, cédèrent aux pressions d’affamés de la propriété ; ils morcelèrent peu à peu leurs seigneuries ([6]) pour en vendre les lambeaux à de « non nobles » ([7]) riches et arrogants, amorçant ainsi la disparition  du rôle social indispensable de la caste aristocratique dans l’équilibre intérieur du pays ([8]; en effet, ces « nouveaux riches » ([9]) n’avaient en rien le sens du devoir ni l’honneur de la « noblesse d’épée » ([10]) d’antan ; ils ne voulaient que profits, vite et beaucoup. Petit à petit, une véritable mafia s’était mise en place : les abus ([11]) des bourgeois de papier leur valurent nombre de procès, intentés par les paysans, que leurs « partenaires » de la noblesse « de robe » ([12]) leur évitaient de perdre, contre dédommagements conséquents ; les uns, toujours gagnants, dépouillèrent les autres, toujours perdants ; une petite vague de « privatisation » commença alors à grignoter les campagnes, lesquelles devenant des « pompes à richesses » dont le produit n’était destiné qu’à être dépensé dans les villes ([13]).

L’arrivée des « publicains » (ou « traitants »), ces « sangsues de l’état », selon Vauban, intermédiaires « privés » appliquant à leur profit les réquisitions royales quant à l’approvisionnement des troupes ([14]) ne fît que compliquer encore la chose, accentuant, autant que la rareté des vivres, la cherté des prix ; achetant au plus bas prix pour revendre au plus fort, ils s’attirèrent ainsi désapprobation et mépris, déclenchant même çà et là des échauffourées ; la vie, sur le sol de France, se compliqua encore, certains tombant dans la misère tandis que d’autres, haïs et montrés du doigt, s’enrichissaient éhontément, permettant à des financiers véreux comme Ambroise Croizat de capter l’exploitation des colonies de Louisiane avec la « compagnie de Louisiane », fondée en 1712.

La guerre de succession d’Espagne s’achevant (à perte pour la France) par les traités d’Utrecht (1713) laissa une Europe épuisée, exsangue et affamée. En France, empêcher la mainmise des bourgeois et riches marchands sur les communaux ([15]) devint vite une nécessité vitale et le roi, conscient d’avoir ruiné le pays par ses guerres, envoya des Intendants pour protéger la paysannerie de ces nouveaux seigneurs, hypocrites et malhonnêtes, à la langue aussi bien pendue que les griffes acérées. Il ne se fit pas que des amis, s’attirant notamment, dans le monde naissant des « esprits éclairés », la haine farouche de François-Marie Arouet, futur Voltaire, partisan du libéralisme et de la traite triangulaire. Le 1er septembre 1715, louis le quatorzième rendit sa couronne avec son dernier soupir ; Louis XV étant encore enfant ([16]), et selon le testament du grand roi, la régence du Royaume de France échût au duc du Maine, bâtard légitimé ; mais le duc d’Orléans, issu de sang royal, relégué au second plan avec le titre presque fantoche de « président du conseil de régence », s’efforça de faire casser le testament de Louis XIV en ralliant le Parlement de Paris à sa cause ; il lui promit la restitution du droit de remontrance et la libération des jansénistes (ce qui aura de lourdes conséquences), et emporta finalement la régence. Le duc Philippe d’Orléans devient Régent d’un Royaume de France endetté à hauteur de dix années de recettes fiscales ([17]).

2 – Le miracle  

John Law de Lauriston, curieux personnage, économiste et banquier écossais ([18]) qui, déjà, avait tenté d’approcher le roi dix ans plus tôt, était porteur d’une idée simple : capter la monnaie d’or et d’argent circulant dans le royaume, pour écouler, en remplacement et en masse, du papier-monnaie (billets de 10, 100 et 1000 écus), gagé sur la confiance en la puissance économique de la France et les avoirs du trésor royal ; cette confiance, assise sur l’exploitation des colonies de Louisiane (un territoire qui représentait, à l’époque, près de la moitié des états unis d’aujourd’hui) dont le développement ne pouvait que dégager des profits, paraissait virtuellement illimitée et ne pouvait que séduire les déposants; les bénéfices de l’exploitation permettraient de les enrichir, tout en remboursant les déposants qui pourraient en faire la demande ([19]) et sans toucher au capital. Il fallait donc l’autorisation du Roi d’imprimer la monnaie, une banque pour la faire circuler, et une « compagnie » pour organiser l’exploitation les colonies et engranger les bénéfices… Si la confiance populaire était au rendez-vous, le succès était assuré, créant une corne d’abondance idéale et éternelle, capable, à la longue, de rembourser la dette publique.

Séduit, Philipe d’Orléans permet par édit du 2 Mai 1716 de créer une banque privée, la « Banque générale », calquée sur la banque d’Angleterre, organisme spéculatif fondé en 1694. Law leva une souscription publique, à laquelle participa le régent lui-même (autant pour l’exemple que pour prouver sa caution et susciter la foi du peuple) ; les gens, bourgeois en tête, déposèrent leurs ors et argents au comptoir de la rue Quincampoix et le capital se constitua aussi rapidement ([20])qu’il augmentera. Le « Système Law », qui ne pouvait fonctionner qu’avec toujours plus de déposant et toujours plus d’exploitation des colonies (une « fuite en avant » que l’on appelle aujourd’hui « la croissance ») se mit en marche dès le 23 août 1717 : il absorba la « Compagnie de Louisiane », puis créa la « Compagnie d’Occident », surnommée la « Compagnie du Mississippi » (exploitation des colonies d’Amérique, des Antilles et du Sénégal), lui donnant pour vingt-cinq ans un monopole commercial absolu sur la Louisiane. Prétextant qu’une compagnie unique serait plus pratique à gérer, il obtint du régent le rattachement des privilèges de la « Compagnie des Indes Orientales » et, sur sa lancée, fondera en 1719, la « Compagnie [perpétuelle] des Indes », celle-ci devenant ainsi un véritable trust globalisant, absorbant d’autres sociétés commerciales, rivales et parfois douteuses.

Parallèlement, la Banque générale, première « planche à billet » de l’histoire de France, qui, déjà, commençait à imprimer plus de papier-monnaie qu’elle n’avait de richesses en dépôt, devint Banque royale le 4 décembre 1718 et le 1er janvier 1719, les billets de banque devinrent « garantis par le roi ». Law recevra ensuite la Surintendance des monnaies (donc le monopole d’émission de billets de banque), et en octobre, l’octroi des recettes générales lui donna la mainmise complète sur l’ensemble du commerce extérieur et du système fiscal du pays. Le premier des « loups de Wall Street » à la Française fut, en un temps record, comme un second roi en France, et chacun, dans le pays utilisait ses billets en pleine confiance (à commencer par le régent, devenu la marionnette du financier), d’autant que Law, pour favoriser au maximum son système, avait obtenu au passage du conseil des finances, le 9 Mai 1719, que l’or soit dévalué. C’est la ruée populaire sur le billet de banque, les commerçants commençant même à refuser des paiements en monnaie métallique. Dans une France des villes où l’on se réunissait auparavant dans les tavernes pour festoyer et chanter, on se mit à parler finance, spéculation et devise, en dégustant un breuvage apparut un demi siècle plus tôt, le café, d’abord importé d’Arabie, puis cultivé dans l’ile Bourbon ([21]). La fièvre de la richesse enflamma les cerveaux, et seules, les campagnes gardaient autant leur bon sens que la tête froide.

3 – Le revers de la médaille

Pour briser l’instinct paysan de « faire des réserves » de monnaie métallique autant que pour booster encore son système (dont la planche à billets était chauffée au rouge et qui avait déjà absorbé tout ce qui était absorbable), Law fît interdire la possession de richesses à domicile (tolérant un maximum de 500 livres), sous peine de confiscation et d’amende ([22]). Le peuple, choqué de ces pratiques, commença à manifester sa désapprobation ; en Mars 1720, la rumeur d’une banqueroute à venir (peut-être, voire sans doute distillée par les ennemis de Law) commença à circuler ; on vit apparaître des émeutes et des notables venir retirer de l’or au siège de la banque ; certains, mieux « informés » que d’autres, sentant s’amorcer la chute de la compagnie des Indes, commencèrent discrètement à vendre leurs actions.

Débordé, et avec la volonté cachée de peupler de force des colonies qui, malgré une vaste opération de propagande lancée quelques mois plus tôt, peinaient à séduire ([23]), Law fit emprisonner protestataires et spéculateurs qui faisaient rage ([24]) ; déjà, depuis quelques mois, il faisait mander les archers bandouliers pour « purger » les prisons et ratisser les bas-fonds, allant jusqu’à vider les hôpitaux, comme en atteste Jean Buvat, bibliothécaire du Roi et mémorialiste français, qui écrivit dans son Journal de régence : « On tira des hôpitaux de Bicêtre et de la Salpêtrière cinq cents jeunes gens des deux sexes pour les embarquer à la Rochelle et les transporter au Mississipi. Les filles étaient dans des charrettes et les garçons allaient à pied, avec une escorte de trente-deux archers. » 

La compagnie de Law [établissement privé, rappelons-le, ndla] finança aussi discrètement et directementles bandouliers ([25])pour qu’ils acceptent d’effectuer des arrestations injustifiées ([26]) ; ainsi, des adolescents et des enfants furent arbitrairement ramassés dans les rues de Paris et emprisonnés en vue de leur expédition coloniale ([27]).

Le 29 avril 1720, après une période d’incrédulité, une fureur populaire terrible se déchaîna dans Paris, qui ne pardonnait pas que l’on pût toucher aux enfants ; pendant deux jours, des centaines d’hommes et femmes du peuple se rassemblèrent armés de bûches, pavés, bâtons, outils et fourches ; les « bandouliers du Mississipi » furent pourchassés, bastonnés, jetés par les fenêtres, les blessés, admis à l’hôpital, parfois achevés par les malades des chambrées voisines. Un hâtif rectificatif royal fit revenir le calme dans Paris, mais déplaça le problème dans les campagnes ; devant la pression populaire, une nouvelle ordonnance royale « portant défense d’arrêter et d’inquiéter les habitants de la campagne et gens de profession » fut publiée le 15 juin. L’affaire écorna sérieusement le prestige de la compagnie des Indes et accéléra la chute de son action ; se formèrent des queues de déposants voulant récupérer leur mise de fond ; il y eut des émeutes ; le 17 juillet, il y eut même des morts.

Devant la tornade populaire, la semi-banqueroute de Law ([28]) est actée par décision royale du 21 juillet. Sa construction artificielle, qui annonçaient déjà le capitalisme crapuleux moderne, se verra rapidement supprimée par étapes en quelques semaines, et le 10 octobre 1720, on annonça la suspension des billets de la Banque royale et le retour à la monnaie métallique. Certes, en trois ans, avec John Law, et aussi grâce à l’inflation s’ensuivant de sa disgrâce, la dette originelle fût finalement réduite, mais à quel prix ?

La liquidation, confiée aux très controversés frères Pâris ([29]), permit d’annuler des millions de livres de créances, que de louables efforts fussent faits pour dédommager les victimes ([30]), et que des spéculateurs fussent punis; mais nombre d’actionnaires ruinés et de petits épargnants aux économies férocement éborgnées se mirent à nourrir des rancœurs tenaces envers tous ceux qui, frôlant le délit d’initié, s’étaient enrichis en vendant in extremis leurs actions pour grossir les rangs des arrogants arrivistes mafieux de la bourgeoisie « protégée », ces « nouveaux riches » dévorant la France.  

4 – L’autre peste

La loi de la finance capitaliste toute puissante fût la première peste de cette année maudite, la seconde se déroulant dans le pays de Marseille, à la surprise générale ([31]), depuis le mois de Mai. Même si l’aventure du navire ‘’Grand-Saint-Antoine’’ n’est plus considérée aujourd’hui comme la véritable source de l’épidémie ([32]), il n’en reste pas moins vrai que c’est la passivité des autorités locales associée à la cupidité des « bourgeois-marchands » qui firent sortir des marchandises manifestement contaminées de la ville (pourtant dotée d’un système sanitaire opérationnel censé prévenir les épidémies, comme toute cité en Méditerranée), causant l’expansion de l’épidémie à toute la Provence ; et ce furent vingt-sept mois de confinement, une population régionale amputée de plus de 80.000 des siens, et quatre ans d’efforts pour rouvrir complètement une cité, qui, depuis les privilèges douaniers accordés en 1669 par Colbert, était pourtant devenue florissante, avec un quasi-monopole du commerce vers le Levant ([33]). Malgré le courage exemplaire des secours, l’épidémie ne se termina qu’en Aout 1722, et la famine fût difficilement contenue par des prélèvements conséquents dans les greniers d’abondance de toutes les régions voisines.

Le climat social du pays, déjà bien tendu par l’aventure Law se compliqua encore, et on se jura bien de se défier désormais des financiers et de leurs belles paroles ; les riches marchands se faisaient discrets dans leurs possessions campagnardes, et, par des actions à l’apparence charitable, tentèrent peu à peu de retrouver les faveurs du public. Ce ne fût pas chose facile, l’on s’en doutera ; la France était malade et peinait à se soigner, les blessures d’argent, à cette époque, saignant abondamment.

Le sacre du jeune Louis XV à Reims, le 25 octobre 1722, remit du baume au cœur de la population et lui laissa espérer des jours meilleurs, d’autant que les bonnes vieilles coutumes de la taxation des subsistances étaient maintenues et remplissaient correctement leur office ([34]). L’on se disait qu’il fallait passer à autre chose ; la vie paysanne reprenait peu à peu, rythmées par les fêtes locales des semailles et du cochon. Et pourtant, le pire était à venir, on était loin de s’imaginer que la période ici contée n’était, en fait, qu’une étape vers la pire des calamités : le libéralisme…


[1] Il y en aura 5 : guerre de Dévolution (1667-1668), guerre de Hollande (1672-1678), guerre des Réunions (1683-1684), guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) et enfin guerre de Succession d’Espagne (1701-1713).

[2] D’ordinaire, et depuis toujours, les campagnes n’avaient à souffrir de famine que dans deux cas bien précis : des conditions climatiques extrêmes débouchant sur de mauvaises récoltes (lesquelles étaient amorties par des réserves), soit… la guerre. Plus tard, en arrivera un autre : le libéralisme…

[3] Réserves faites sur les récoles et productions locales destinées à pallier de mauvaises saisons et à juguler la pauvreté ; ces consommables étaient stockés dans les villages et gérés par les paysans eux-mêmes ; elles permettaient de nourrir tout le monde, y compris les plus pauvres.

[4] Lieux où s’enregistraient les décisions (édits) du roi et où se rendaient les décisions de justice ; il y en avait partout en France, dans les grandes villes de chaque région (Lyon, Bordeaux, Marseille, etc…).

[5] Droit apparaissant au 15ème siècle, donné aux Parlements et des officiers royaux de contester les lois émises par le roi avant leur enregistrement (s’ils estiment qu’elles sont contraires aux intérêts du peuple).

[6] La chose n’était pas nouvelle ; déjà, en 1434, et pour assurer ses dépenses somptuaires, Gilles de Rais, fidèle compagnon de Jeanne d’arc, avait vendu une partie de ses terres au duc de Bretagne, aux bourgeois d’Angers et aux « manieurs d’argent » de la cour bretonne ; la chose déclencha une plainte de sa famille et Gilles de Rais fût interdit de vendre ses terres par décision du parlement de Paris.

[7] Souvent des marchands, riches et influents, en cheville avec des magistrats corrompus et cupides (intouchables car on ne peut les trainer en justice).

[8] Sécurité / protection des « campagnes » (les gens d’arme) et surveillance des marchés de « ville », où se vendent / s’échangent, par exemple, les produits de vols / recels (activité de police). De nos jours, on retrouve ce découpage stéréo avec la gendarmerie, qui assure la sécurité « hors des villes » et dépend du ministère des armées, et la police, qui fait la même chose dans les villes, et dépend du ministère de l’intérieur.

[9] Comme on les appellera ainsi et avec dédain jusqu’au milieu du 20ème siècle.

[10] Appellation désignant le corps aristocratique (seigneurs locaux et régionaux) portant le devoir de sécurité intérieure et de défendre le pays, payant « l’impôt du sang », les dégageant de tout autre impôt.

[11] Pillage du bois de chauffage par exemple, jusqu’alors gratuit et accessible aux paysans par prélèvement collectif dans les forêts communales.

[12] Appellation regroupant les magistrats du corps judicaire, par opposition à la « noblesse d’épée », le corps « sécuritaire ».

[13] Achats fonciers, affaires commerciales, trafics, dépenses fastueuses, débauche de signes ostentatoires de richesses…

[14] « Sous contrat » avec le roi, et ayant tout pouvoir pour fournir à l’armée tout ce dont elle avait besoin, ils « rapinaient légalement » les campagnes, et, au passage, faisaient du marché noir de denrées vitales, s’enrichissant sans morale ni humanité ; l’urgence de la guerre obligeait le roi à fermer les yeux sur bien des pratiques.

[15] Terme généraliste regroupant toutes les réserves faites par et pour le peuple, dont celles des greniers d’abondance.

[16] Il a 5 ans, à l’époque.

[17] À la mort de Louis XIV, la dette s’élève à près de 3 milliards de livres (environ 40 milliards d’euros).

[18] À vingt-trois ans, il est jugé coupable de meurtre (duel) et condamné à mort par pendaison. Du fait qu’il s’agit d’un homicide involontaire, la peine est commuée en amende et peine de prison. Il échappe à cette nouvelle sentence en s’enfuyant à Amsterdam, où il se met à étudier la banque.

[19] Le système ne peut fonctionner que si les déposant ne retirent pas leurs fonds en même temps ; il fallait donc « obliger » le peuple à « profiter » du système, et pour cela, l’allécher toujours plus.

[20] 1 million de livres, réparti en 2 000 actions de 500 livres, payables pour un quart en espèces (or), solde en « papiers d’État » (billets de banque).

[21] L’Ile de la Réunion.

[22] On récompensa ceux qui dénonçaient les contrevenants, et on perquisitionna chez les gens, explorant placards, âtres, soupentes et caves.

[23] Sans main d’œuvre, pas de profits. L’objectif de base était de 6 000 Blancs et de 3 000 Noirs en dix ans. Le rêve américain ne séduisait pas, malgré les pressions dénoncées par l’avocat au parlement de Paris Mathieu Marais : « Il semble que l’on veuille faire sortir tous les Français de leur pays pour aller là. On ne s’y prend pas mal pour faire de la France un pays sauvage et en dégoûter les Français. »

[24] Les esprits populaires, enfiévrés par l’espoir d’un gain d’argent, achetaient et vendaient les actions de la Compagnie des Indes ; en une journée et avec de bons tuyaux, des domestiques pouvaient devenir plus riches que leur maître, tandis que d’autres pouvaient se retrouver totalement ruinés.  

[25] La Compagnie des Indes offrait une pistole par personne livrée outre leur solde quotidienne de vingt sols.

[26] Un trafic occulte généralisé permettait, par exemple, de se débarrasser d’un mari encombrant ou d’un aïeul qui ne voulait pas mourir.

[27] La chose est ainsi résumée par les écrits du greffier du Parlement de Paris : « La populace s’était soulevée dans différents quartiers de la ville contre un grand nombre d’archers ou gens préposés pour prendre les vagabonds et gens sans aveu pour les conduire à Mississipi ([tournure du 18ème siècle, ndla] parce que sous ce prétexte ils arrêtaient depuis quelques jours toutes sortes de personnes sans distinction, hommes, femmes, filles, garçons, et de tous âges, pour les y faire conduire aussi pour peupler le pays. »

[28] John Law démissionna de toutes ses fonctions ministérielles, et, à l’instar d’un roi plus tard guillotiné abusivement, s’enfuit de Paris le 14 décembre.

[29] Accusés d’avoir accaparé des blés pendant une disette, les quatre frères Pâris durent rapidement quitter leur Dauphiné natal. Les deux frères aînés, Antoine et Claude, iront à Paris chez des munitionnaires, chargés la distribution des vivres et du fourrage aux troupes. Ils seront rejoints par leurs deux autres frères, Joseph et Jean, et tisseront ensemble, sous les règnes de Louis XIV et de Louis XV, un réseau de relations et de finances dans les plus hautes sphères du royaume. Affairistes implacables, exploitants de la traite négrière, ils devinrent rapidement très riches et se firent de nombreux ennemis, depuis les nobles de la cour jusqu’au peuple lui-même.

[30] Même les moins riches furent dédommagés à hauteur de 400 livres, et près de 40% des « visés » furent totalement indemnisés. 

[31] La peste, qui avait disparu depuis quelque soixante-dix ans, était alors, dans l’esprit populaire, une maladie « d’autrefois ».

[32] En 2016, une équipe de l’Institut Allemand Max-Planck (MPI) est parvenue à reconstituer le génome du bacille Yersinia pestis, à l’origine de l’épidémie ; ce travail a montré l’épisode marseillais était une résurgence de la pandémie d’’Europe du 14ème siècle, dite « peste noire » ; les évènements du port furent donc soit fortuits, soit furent peut-être comme un détonateur.

[33] Marseille comptait près de 90 000 âmes en incluant ses faubourgs et la « ville dans la ville » que constitue l’arsenal des galères.

[34] La taxation, à l’époque, représentait l’action de limitation du prix des denrées vitales par décision du Roi ; ainsi, par exemple, le prix du blé, donnant farine puis pain, était indexé sur les possibilités financières des populations les plus pauvres, ce qui limitait la famine. Il est intéressant de noter que le sens du mot, aujourd’hui, au 21ème siècle, en est quasiment l’inverse.

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